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La danse expliquée

La danse classique khmère et l'apsara

Ce qu'est la danse classique khmère, d'où vient l'apsara, comment fonctionnent les gestes des mains, les personnages, la musique et les costumes, et ce qu'il faut observer le soir de la représentation.

Par Phnom Penh Apsara · informations vérifiées pour la dernière fois

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Réponse rapide

La danse classique khmère est la danse de cour cambodgienne que l'UNESCO inscrit comme Ballet royal du Cambodge. Elle raconte des légendes au moyen de gestes des mains codifiés, de quatre types de personnages, d'un orchestre et d'un chœur. L'apsara est l'un de ces personnages, inspiré des figures dansantes sculptées à Angkor, et la danse Apsara telle qu'on la voit aujourd'hui a été créée dans les années 1950 sous la reine Sisowath Kossamak. Observez d'abord les mains : elles portent l'histoire.

Ce qu'est la danse classique khmère

La danse classique khmère est réputée pour la grâce de ses gestes des mains et pour ses costumes élaborés. L'UNESCO l'a inscrite comme Ballet royal du Cambodge depuis 2003 et indique qu'elle est étroitement associée à la cour khmère depuis plus de mille ans et qu'elle est considérée comme un symbole de l'identité khmère. Son répertoire raconte à nouveau les légendes sur les origines du peuple khmer. Les représentations accompagnaient traditionnellement les cérémonies royales telles que les couronnements, les mariages et les funérailles, ainsi que les fêtes khmères. En khmer, la tradition s'appelle Robam Preah Reach Troap, que Wikipédia traduit par la danse de la richesse royale. Wikipédia note que l'UNESCO et de nombreux spécialistes emploient Ballet royal du Cambodge et danse classique khmère pour la même tradition, bien que le premier terme puisse aussi désigner la Compagnie nationale de danse du Cambodge.

D'où vient l'apsara

Une apsara sculptée en bas-relief sur un mur d'Angkor Wat, coiffée d'un haut diadème, une main levée, avec à ses côtés un pilier de pierre tournée.
Une apsara sculptée dans la pierre d'Angkor Wat · Photo: Gunawan Kartapranata, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L'apsara est un être céleste de la culture hindoue et bouddhiste, représenté comme beau et élégant, et réputé exceller dans la danse. À l'origine, les apsaras étaient une sorte d'esprit féminin associé aux nuages et à l'eau. Elle constitue un motif important des bas-reliefs des temples d'Angkor, construits entre le VIIIe et le XIIIe siècle. Dans l'art khmer, une figure féminine qui danse ou se tient prête à danser compte comme une apsara, tandis qu'une figure immobile, tournée vers l'avant comme un gardien de temple, est une devata. Ainsi, toutes les femmes sculptées à Angkor ne sont pas des apsaras. Les apsaras occupent également une place de premier plan dans la sculpture, la danse, la littérature et la peinture de nombreuses cultures d'Asie du Sud et du Sud-Est.

Une danse plus récente à l'allure ancienne

Trois danseuses apsara devant un décor sculpté de style temple, la danseuse centrale vêtue d'une jupe-écharpe blanche et d'une haute couronne dorée, ses danseuses latérales en magenta.
L'apsara principale en blanc, entourée de deux danseuses en magenta · Photo: Marcin Konsek, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La danse Apsara telle qu'on la présente aujourd'hui sur scène est plus jeune que les sculptures. Wikipédia situe sa création dans les années 1950, lorsque la reine Sisowath Kossamak la recréa, en s'inspirant des apsaras d'Angkor pour la couronne, le sampot et la fleur. Elle décrit le Robam Tep Apsara comme l'une des danses traditionnelles du répertoire du Ballet royal du Cambodge, interprétée par des femmes vêtues de costumes traditionnels ajustés, dont les gestes gracieux et sinueux sont codifiés pour raconter des mythes classiques ou des récits religieux. C'est l'un des symboles nationaux du Cambodge. Le costume s'inspire des apsaras des bas-reliefs des ruines du temple, tandis qu'une grande partie de la musique et des gestes est partagée avec d'autres danses classiques khmères.

L'alphabet des mains

Les gestes des mains dans la danse classique khmère sont appelés kbach, ce qui signifie style. Ils forment une sorte d'alphabet et représentent des éléments de la nature tels que fruits, fleurs et feuilles. Les danseuses les utilisent dans différentes combinaisons et transitions, avec des mouvements des jambes et des pieds, pour exprimer différentes pensées et notions. La position du bras, et de la main par rapport au bras, peut modifier le sens d'un geste. Certains gestes sont faciles à lire, d'autres sont vagues et abstraits. Les danseuses ne chantent pas et ne parlent généralement pas, et l'UNESCO ajoute que la maîtrise des gestes exige des années d'entraînement intensif. Les gestes sont exécutés de différentes manières selon le type de personnage. Certains gestes sont aisément compris, d'autres restent vagues et abstraits.

Quatre types de personnages

L'UNESCO distingue quatre types de personnages dans le répertoire classique, chacun avec ses propres couleurs, costumes, maquillages et masques, et la liste ci-dessous les présente. Les reines, déesses et princesses sont les rôles féminins de plus haut rang, appelés neang ek. Les autres personnages féminins, tels que l'apsara, la kinnari, femme-oiseau, et la sirène, dansent dans le style du neang avec de subtiles différences de gestes, la principale différence résidant dans le costume. Wikipédia classe les géants et les singes parmi les personnages masqués.

  • Neang : la femme
  • Neayrong : l’homme
  • Yeak : le géant, qui porte un masque
  • Sva : le singe, qui porte lui aussi un masque

Dans la peau du rôle

Cinq danseuses apsara alignées sur une scène au tapis rouge, coiffées de couronnes dorées, en corsages crème et jupes de couleurs rouge, verte et bleue.
Des danseuses apsara en rang, aux costumes de couleurs différentes · Photo: Jadamta, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le costume fait partie du langage. Il se pare de brocart et de broderies, et habiller une danseuse suppose de coudre les pièces sur elle, ce qui demande plusieurs heures. Wikipédia précise que la plupart des costumes sont censés représenter les atours des divinités. Pour l’apsara, le sampot de la danseuse principale est généralement blanc, tandis que les danseuses de soutien apparaissent en vert, bleu ou rouge. La coiffe de l’apsara principale compte trois pointes ornées de deux rangées de décorations sphériques, à l’image de l’apsara représentée à Angkor. Les danseuses portent traditionnellement des fleurs parfumées et peuvent arborer des guirlandes de jasmin à leurs poignets. Le guide du costume de ce site détaille pièce par pièce la jupe, le col, la couronne et les bijoux.

Lire la suite : Costume et coiffe d'Apsara

L’orchestre et le chœur

L’UNESCO indique qu’un orchestre accompagne la danse et qu’un chœur féminin assure un commentaire continu de l’intrigue, soulignant les émotions que les danseuses miment. L’orchestre est le pinpeat, le plus grand ensemble musical traditionnel khmer, comptant environ neuf ou dix instruments, principalement à vent et à percussion, dont plusieurs variétés de xylophones et de tambours. Des morceaux précis marquent des événements précis, comme l’entrée ou la sortie d’une danseuse, ou encore le vol et la marche, et de nouveaux morceaux sont rarement créés. Wikipédia précise que le pinpeat a accompagné les danses de cour, les pièces masquées, les théâtres d’ombres et les cérémonies religieuses.

Lire la suite : Pinpeat : la musique de la danse khmère

Cour, temple et cérémonie

Une carte postale en noir et blanc montrant des danseuses de cour cambodgiennes en costume, debout derrière une rangée de musiciens assis jouant d'instruments de type xylophone.
Danseuses et musiciens de cour à Phnom Penh sur une carte postale du début du XXe siècle · Photo: Pierre Dieulefils, public domain, via Wikimedia Commons

La danse possède une longue histoire au Cambodge. L’un des plus anciens témoignages remonte au VIIe siècle, lorsque des représentations servaient de rite funéraire pour les rois, et d’anciennes inscriptions lapidaires décrivent des milliers de danseuses apsara affectées aux temples. Dans la tradition de cour, selon l’UNESCO, les danseuses étaient considérées comme les messagères des rois auprès des dieux et des ancêtres. Avant qu’une troupe n’entre en scène, une cérémonie de salut au Maître rend hommage aux professeurs qui ont formé les danseuses et invoque l’esprit de chaque personnage afin que la représentation se déroule sans heurt ni obstacle. Lors des cérémonies propitiatoires, ajoute Wikipédia, la danse était exécutée à Wat Phnom, à la Pagode d’Argent et dans la Salle du Trône du Palais Royal.

Entre quasi-disparition et renaissance

Le régime des Khmers rouges a failli anéantir cet art. Selon l'UNESCO, son règne a largement mis fin au Ballet royal et presque tous les maîtres danseurs et musiciens ont été tués. Des troupes ont réémergé après 1979 et ont repris l'ancien répertoire. D'après Wikipédia, la formation à la danse classique khmère a été ressuscitée dans des camps de réfugiés de l'est de la Thaïlande avec les quelques danseurs survivants, et de nombreuses danses et drames dansés ont été recréés à l'Université royale des Beaux-Arts. L'UNESCO ajoute que le ballet a retrouvé une grande partie de sa splendeur d'antan, mais que les financements manquent, que les espaces de représentation adéquats sont rares, que les médias modernes rivalisent pour attirer le public et qu'il risque de devenir une simple attraction touristique.

Ce qu'il faut observer pendant le spectacle

Commencez par les mains, puis les pieds, puis les visages. Les gestes portent le sens : suivez les mêmes quelques formes à mesure qu'elles reviennent. Remarquez combien le costume du rôle principal diffère de celui des danseurs qui l'accompagnent, et écoutez la musique changer à l'entrée et à la sortie des danseurs. Une pose tenue mérite autant le regard qu'un geste en mouvement. N'attendez pas un spectacle rapide : le mouvement est lent, maîtrisé et codifié. Un critique de la soirée de Phnom Penh a jugé certains passages quelque peu lents et répétitifs, mais beaux, ce qui décrit assez justement cette forme. Si le programme ou le présentateur nomme une danse, notez son nom pour pouvoir la rechercher ensuite, et laissez les premières minutes apprendre à votre œil ce qu'il doit suivre.

À qui cela ne s'adresse pas

Cela décevra tous ceux qui recherchent un spectacle rapide, des acrobaties ou une intrigue racontée en paroles, car les danseurs ne chantent pas et ne parlent généralement pas : l'histoire vit dans le geste et dans le chœur. Une courte danse Apsara n'est d'ailleurs qu'une introduction, et non la tradition tout entière : le répertoire classique met en scène la mythologie et les contes traditionnels dans des drames dansés plus longs que n'importe quelle danse isolée, et Wikipédia décrit le répertoire du Ballet royal comme comptant de nombreuses danses et drames dansés. Pour un drame dansé complet au théâtre, renseignez-vous sur la saison de la compagnie nationale.

Questions fréquentes

Toute danseuse khmère est-elle une apsara ?

Non. On appelle souvent les danseuses classiques khmères des « danseuses apsara », mais l'apsara n'est qu'un type de personnage parmi d'autres dans le répertoire.

Quel âge a la danse Apsara ?

Sous sa forme actuelle, elle date des années 1950, lorsque la reine Sisowath Kossamak la fit recréer. Son costume s'inspire des apsaras sculptées sur les temples d'Angkor.

Que sont les kbach ?

Les kbach sont les gestes des mains de la danse classique khmère. Ils forment une sorte d'alphabet et représentent des éléments de la nature, tels que les fruits, les fleurs et les feuilles.

Les danseurs sont-ils des femmes ou des hommes ?

La plupart des rôles sont interprétés par des danseuses. Les rôles de singes ont été confiés aux hommes sous la reine Sisowath Kossamak.

Cette danse figure-t-elle au patrimoine de l'UNESCO ?

Oui. L'UNESCO l'a inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis 2003.

Les danseurs parlent-ils ou chantent-ils ?

Non. Les danseurs ne chantent pas et ne parlent généralement pas. Un chœur féminin assure un commentaire continu de l'intrigue.

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Sources

  1. UNESCO: Royal Ballet of Cambodia
  2. Wikipedia: Royal Ballet of Cambodia
  3. Wikipedia: Apsara Dance
  4. Wikipedia: Pinpeat
  5. Wikipedia: Apsara
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